
Davy Sicard
Kafé Griyé
Dans la continuité du précédent opus, voué à explorer pour la première fois les possibilités d’un « séga nouvo », ce septième cru plonge aux racines mêmes du séga péï : terriennes, lascives et élégantes. À l’instar d’une bonne tasse de kafé griyé lontan, dans la plus pure tradition créole. Mais Davy ne délaisse pas pour autant le Maloya mêlé d’accents modernes qui a fait sa renommée. « Kafé Griyé », en renouant avec les origines profondément africaines du Séga, fait remonter des rythmes ternaires, des arômes oubliés et un soupçon de révolte. Le tout au son du Rouler tantôt enjoué, tantôt mélancolique.
Militant dans l’âme, Davy Sicard a souhaité raviver la racine commune de ces deux musicalités à travers l’ambition d’un Séga à la fois novateur et authentique : léger tel une caresse, aussi fort qu’un baiser. Kafé griyé, le goût voluptueux de la tradition.
Le thème de l’amour est décliné sous toutes ses formes, de déclarations passionnées (« Kafé griyé », « Na riyink aou », « Fiy maler », « Tanto ») en romances interdites (« Aswar pou nou briyé »). L’artiste flirte aussi avec les sujets de société chers à son cœur, à travers plusieurs titres évoquant plus vastement l’amour des autres, de soi et de la vie (« Lot laba », « Kapitenn », « Mi ve pa oubliyé… »).
Sur le plan musical, « Kafé Griyé » laisse sur la langue une saveur à la fois douce et piquante de fruit défendu, de paradis perdu, avec son parti pris d’élégance et de sensualité assumées. Le chanteur et musicien réunionnais confirme ainsi une fois de plus son penchant pour les héritages sublimés, offrant à son public un « séga nouvo » aussi riche que la terre volcanique d’où jaillit le café, suave comme le parfum de ses grains. Et amoureusement mûri au soleil de La Réunion.
« Kafé Griyé », comme une invitation à se délecter d’une créolité originelle, en toute volupté.
Xuân Gagneur Ducandas
